JOYEUX NOËL ET BONNE ANNÉE 2020

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NOHELI NZIZA N'UMWAKA MUSHA MUHIRE

vendredi 25 décembre 2015

LE SERVICE DE L’AUTORITE ET L’OBEISSANCE DES CONSACRES DANS LE CODE DE DROIT CANONIQUE (I)



De notre temps, il n’est pas aisé de parler de l’autorité et de l’obéissance qui s’y rattache. Nombreuses ont été des propositions des modèles de gouvernement ces dernières années : paternalisme, démocratie, anarchie, etc. Dans ces différents modèles, l’autorité et l’obéissance occupent une place de choix. Quel modèle alors prédomine chez les consacrés? Lequel est proposé par le Code de droit canonique? Comment le service de l’autorité et l’obéissance sont vécus par les consacrés et quels sont les défis auxquels ils sont confrontés? 

Dans les lignes suivantes nous tenterons d’apporter quelques pistes de compréhensions de ce sujet. D’abord, nous allons éclaircir quelques concepts clés y relatif. Nous aborderons ensuite la question de l’autorité et de l’obéissance dans le Code de droit canonique. Nous porterons, après et brièvement, un regard sur ce sujet dans les droits propres des instituts.  Enfin, nous aborderons les défis d’aujourd’hui et demain pour l’exercice de l’autorité et l’obéissance des consacrés. 

I. Des concepts pour l’exercice de l’autorité et l’obéissance des consacrés.

1. L’autorité. Ici, nous ne nous référons pas à l’autorité morale dont jouissent certaines personnes comme les chercheurs ayant obtenus le Prix Nobel dans un domaine scientifique. Cette autorité est souvent assimilée au prestige. En Droit, sans que l’autorité morale soit ignorée, nous entendons le pouvoir qui existe dans l’Eglise et que certaines institutions et personnes possèdent en vue de prendre des décisions qui engagent et obligent les sujets. Cette autorité est appelée, au sens strict, le pouvoir de régime ou de juridiction. Elle correspond à la fonction de gouvernement dans l’Eglise, au côté de la fonction d’enseignement et de sanctification. Ordinairement, elle s’exerce dans le for externe mais parfois, elle s’exerce aussi dans le for interne (c. 130). Le pouvoir de régime se divise en pouvoir législatif, exécutif ou administratif et judiciaire (c. 135). Les religieux clercs sont habiles à l’exercer alors que les religieux laïcs y peuvent coopérer selon le Droit (c. 129).

2. L’obéissance. L’obéissance est connue comme vertu annexe à celle de la justice. En tant que vertu cardinale ou morale, elle est une vertu acquise, ce qui suppose une recherche et un effort laborieux et constant pour l’atteindre et la conserver. Dans la vie consacrée, l’obéissance fait partie des conseils évangéliques et, par conséquent, objet de vœux à côté de la chasteté et de la pauvreté. Le consacré obéit par imitation du Christ qui s’est fait obéissant au Père jusqu’à la mort sur la croix (Phil 2, 7-8 ; Jn 4, 34 ; Rm 5, 19 ; etc.). Sa signification est de s’obliger à se soumettre à la volonté des supérieurs légitimes qui représentent à Dieu lorsqu’ils commandent quelque chose selon les constitutions. C’est cet aspect juridique et constitutif de l’état de consécration religieuse qui nous intéresse ici.

3. Le service. Le vocable service n’est pas univoque plutôt polysémique. En plus d’évoquer l’action de servir en position d’infériorité comme dans les travaux ménagers ou sous forme de courtoisie, il peut se comprendre comme une œuvre réalisé en vue de veiller à certains intérêts ou de satisfaire des besoins publics ou d’une entité publique ou privée. Ainsi, on parle du service au client, post-vente, service religieux, etc. Presque toujours, le service répond à un besoin dans une relation de deux entités ou personnes. Le service se présente ainsi comme quelque chose d’altruiste et bénéfique. Dans l’expression « service de l’autorité », on perçoit un adoucissement de la rigidité et la gravité que, par l’histoire, le mot autorité suscite. Par le service de l’autorité, celle-ci se montre par son aspect bénéfique pour l’institution ou la personne concernée. Nonobstant cet aspect romantique, la réalité évoquée est celle de « l’exercice du pouvoir », dans sa dimension bénéfique d’atteindre les objectifs communs. Le serviteur de l’autorité est aussi bénéficiaire des services rendus.

4. Les consacrés. Depuis la publication du Code de Droit canonique en 1983 par le saint Jean Paul II, l’usage du mot consacré est devenu plus populaire. Il englobe toutes les formes de vie consacrée existantes dans l’Eglise avec intention de s’obliger à la pratique des conseils évangéliques. A travers l’histoire, ces formes ont pris les noms de : ermites, vierges, moines, chanoines réguliers, ordres mendiants ou militaires, religieux de vœux simples, membres des instituts séculiers, laïcs consacrés, membres des sociétés de vie apostolique, membres de nouvelles formes de consécration, etc. Le terme « consacré » tend à regrouper toutes ces tendances. Etant donné la diversité des formes de consécration, l’exercice du pouvoir et l’obéissance qu’il implique est aussi varié selon la tradition et les normes communes ou propres qui régissent la famille donnée des consacrés. Le modèle de référence peut se trouver dans les familles historiques comme les moines ou les ordres religieux. En effet, dans ces familles, les membres professent le vœu d’obéissance et accepte de vivre dans une maison érigée par une autorité compétente, sous la direction d’un supérieur désigné conforme à la norme du Droit (CIC 83, cc. 573 ; 607-608).

5. Le Code de Droit canonique. Publié en 1983 par Jean Paul II, il est venu remplacer celui de 1917. Il est considéré comme le dernier document du Concile Vatican II. Le même Jean Paul II, lors de sa publication, il disait que le nouveau Code, dans un certain sens, peut être considéré comme un grand effort de traduire dans un langage canonique l’ecclésiologie conciliaire. On retrouve dans le Code actuel l’intégration d’une vision théologique et juridique de la réalité ecclésiale et, par conséquent, religieuse. La tension entre le théologique et le juridique ne suppose pas deux mondes irréconciliables mais des dimensions complémentaires de la même réalité. Pour les consacrés, le Code actuel est le droit de référence commune pour la constitution des normes particuliers (Constitutions, Directoires, normes propres, etc.). Par principe d’hiérarchie des normes, les normes particulières des consacrés ne peuvent pas contredire le Code de Droit canonique. 

6. La dynamique de l’autorité-obéissance. 

Entre l’exercice de l’autorité et la pratique de l’obéissance, il se produit une certaine énergie que nous qualifions de « dynamique ». Nous adoptons ce vocable en ce sens qu’il renvoie au mouvement, à la stabilité, à l’énergie, à l’efficience. En sport, il est admis que l’amélioration de la dynamique répercute sur l’économie du carburant et la performance des résultats. Les sciences sociales ont adopté le concept pour l’appliquer au groupe en indiquant leur vitalité. En droit, le terme n’est pas classique. Nous l’employons ici pour caractériser la relation vitale entre l’exercice de l’autorité et l’obéissance correspondante chez les consacrés[1]. Il nous permettre de nous représenter que plus elle est harmonieuse, plus la mission, au service de laquelle existe le binôme autorité-obéissance, attient son objectif. Ses déficiences aboutissent à l’insatisfaction ou résultats négatifs. 

Dans cette dynamique, trois modèles peuvent être identifiés : 1) l’autorité face à l’obéissance ; 2) l’obéissance face au l’autorité ; 3) l’autorité et l’obéissance côte à côte. 

Dans le premier modèle, l’autorité est mise en avant. Ici l’obéissance féodale nous sert de référence. L’autorité s’impose avec ses décors : insignes visibles, langage correspondant, appartenance ou création des cercles des autorités, retombés économiques ou honorifiques, protocoles, etc. Quelqu’un obéit par la force des choses ou par les circonstances de l’histoire et il n’est pas nécessaire qu’il comprenne pourquoi. Souvent, et pour les cas extrêmes, l’obéissance est entachée par le manque de liberté. 

Dans le deuxième modèle, l’obéissance prend le devant pour réclamer l’autorité en termes de protection, de sécurité. Celui qui obéit se situe dans un état de minorité d’âge permanente et se sent en insécurité. Le service de l’autorité ici prend le visage de paternalisme ou de maternalisme.
Quant au troisième modèle, l’autorité et l’obéissance marche côte à côte. Les concernés cherchent ensembles les voies et moyens pour atteindre les objectifs communs. Les fonctions sont différenciées et on cherche avant tout la participation de tous. Celui qui commande est en même temps obéissant. C’est le modèle qui répond aux aspirations des sociétés modernes influencées par la démocratie et les droits de l’homme. Le Code de Droit canonique ainsi que d’autres documents du Magistère s’inscrivent dans ce modèle comme nous aurons l’occasion de le préciser.

Cela dit, voyons comment le Code actuel considère ce service d’autorité et l’obéissance des religieux.


[1] Dans certains manuels de droit en général, on parle de « négoce », et tout ce que cela suppose de stratégies pour établir des relations justes et équitables entre personnes et institutions. Du point de vue positiviste, toute loi apparaît comme le résultat d’une négociation pour réguler un trafic des relations interpersonnelles ou entre institutions ou celles-ci avec des individus.

dimanche 20 septembre 2015

LES SEPT MERVEILLES DE LA VIE CONSACREE



     Au cours de cette année dédié à la vie consacrée, beaucoup a été dit sur sa nature et mission. En scrutant de près la manière de comprendre et d’interpréter la réalité qui nous entoure, nous percevons toujours que quelque chose nous échappe. Ainsi sur la vie consacrée, il reste encore à dire. Et c’est vrai que chaque fois que nous tentons de définir ou décrire un objet, une idée, il ou elle se présente sous forme d’un mystère, insaisissable, impénétrable totalement. Il ou elle se rapproche et s’éloigne alternativement. Et ce qui reste comme définitivement acquis demeure toujours sous la loi de l’actualisation, de retouche, du recadrage. En cela, l’élément fixateur de notre attention, l’attrait qu’il exerce à notre esprit pour un retour inattendu, inconscient et spontané constitue ce que les poètes ont considéré comme la merveille des vivants. Pour cela, la vie consacrée se laisse aussi contempler à travers ses merveilles. En attendant un consensus régional ou mondial qui se dégagerait sur la question, je propose les sept merveilles suivantes comme trésors inestimables de la vie consacrée.

1.      Le don.
 
     Le don est toujours en rapport étroit avec le verbe donner. Il renvoie à ce qui est donné ou reçu gratuitement. C’est un cadeau, qu’il s’agisse d’un bien matériel ou spirituel comme un talent. La vie consacrée dans l’Eglise apparaît ainsi comme un don de Dieu par l’Esprit (Lumen gentium, 43 ; Code de Droit canonique, c. 575 ; Vita Consecrata, 3). Elle a une source divine et par là, il est inépuisable, indescriptible par l’esprit humain. Il peut y avoir, certes, des approches sur son histoire, ses institutions, sa physionomie mais à chaque époque et circonstance, elle nous montre un visage renouvelé, dynamique, énergique. Sa vitalité s’appelle charisme, qui en grec se traduit par don. La vie consacrée peut donc se résumer entièrement par sa gratuité : don à l’Eglise. C’est un don de Dieu à l’Eglise mais aussi un don des hommes à Dieu par l’Eglise. Voilà ce qui dépasse l’entendement : la gratuité, l’abandon, la donation. En cela, il se révèle que la vie consacrée va au-delà des activités des consacrés pour se laisser saisir comme don. Le meilleur, la grandeur de la vie consacrée consiste effectivement en cela : être don de Dieu et don de soi.

2.      La sainteté.
 
     Traditionnellement et pendant des siècles, la vie consacrée a été défini comme un état de perfection. Les concepts de « sequella Christi » ou de « fuga mundi » fréquemment employés en direction des membres de la vie consacrée a comme toile de fond cette obsession des consacrés pour la sainteté. La sainteté est ici perçue comme une grâce de Dieu recherché et accordé à un disciple du Christ pour lui ressembler, Lui qui est l’image du Père infiniment Saint. La sainteté n’est alors autre chose que l’image de la vie divine présente au milieu du monde. Ainsi, la vie consacrée en se proposant d’anticiper le royaume futur dans l’Eglise et dans le monde (Lumen gentium, 44 ; Code de Droit canonique, c. 573), elle offre à tous les possibilités d’entrevoir les signes de la sainteté ici et maintenant. Pour cela, l’histoire est témoin de nombreuses figures de la sainteté reconnaissable et publique aux yeux de l’Eglise et cela dans les domaines variés : martyre, contemplation, vie apostolique, missionnaire, etc. Quelle serait le visage de l’Eglise sans un saint Benoît, un saint François d’Assise, un saint Pierre Nolasque, un saint Thomas d’Aquin, un saint Jean de la Croix, une sainte Thérèse d’Avila, une Sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, une sainte Joséphine Bakhita, une bienheureuse Annuarite, une bienheureuse Thérèse de Calcutta, etc. !

3.      La vie commune.

     La plénitude de l’homme sous-entend en grande partie son intégration dans le tissu social. La rencontre avec les autres n’est jamais une simple agrégation des individus mais un échange des identités et de culture. L’homme a besoin d’être entouré de ses semblables pour se reconnaitre, se construire et s’épanouir. L’isolement c’est la prison. Pour cela, avoir une famille, des parents, des frères, des sœurs, des enfants, des amis… et pouvoir échanger librement avec eux, est une bénédiction que rien au monde peut substituer. Dans la vie consacrée, ce trésor se multiplie exponentiellement. Le consacré a des pères, des mères, des sœurs, des frères, des fils, des filles à l’infini. La vie consacrée c’est la fraternité universelle, une fraternité au-delà des races, des statuts, des générations. Véritablement, la vie consacrée est un miracle. Certes, les frottements restent une possibilité mais le pardon mutuel règne sur la tendance naturelle de se venger et de dominer. La vie consacrée par sa vie commune fraternelle est l’expression de l’Eglise vivante où il n’y a ni grec, ni juif, ni païen.

4.      La chasteté.

      Une des lois naturelles des êtres vivantes est leur reproduction. La reproduction implique la tendance pour la perpétuité. Chaque espèce a son mode de se reproduire. Une graine, d’une plante ou d’un fruit, héberge des plantes ou fruits en devenir. La science continue à faire des recherches pour expliquer les conditionnements et le processus de la reproduction des êtres vivants. Chez les hommes, la reproduction n’est pas seulement un processus biologique mais aussi théologique de participer à la création de Dieu. La reproduction est sacrée chez l’homme. Pour cela, la naissance d’un être humain n’est purement pas un acte de rencontre d’une femme et d’un homme mais un acte souverain de Dieu. Ce miracle de la vie, fait que les hommes prenant conscience de leur puissance, en sont arrivés à exalter le corps et se voir comme des dieux. L’orgueil aidant, les actes de reproductions humaines sont devenus, ces derniers temps, comme des actes ludiques. Le monde moderne semble inéluctablement jouer avec le corps. Par la chasteté, non seulement supposée mais vécue, la vie consacrée offre au monde le respect du corps, de l’autre et de soi. La résistance aux sollicitations biologiques du corps et aux excitations ambiantes fait du vœu de la chasteté une grâce et non une conquête. Sa beauté confond les incrédules et sa fécondité déborde les prévisions démographiques. La vie consacrée existe là où il y a la chasteté du cœur, le regard serein et pur. Pour la vie consacrée, la chasteté c’est de l’or pur.

5.      Les œuvres. 

      Si la sainteté des consacrés frappe les esprits au sein de l’Eglise, leurs œuvres débordent la communauté chrétienne pour impressionner le monde entier. Que ce soit dans le monde des arts, de la science et de la vie sociale, les couvents demeurent toujours une source d’inspiration. Combien des consacrés ont dépensé et dépensent encore leur vie dans l’humanitaire, toujours prêts à s’oublier pour le bonheur de l’autre ! Ainsi des maisons d’accueil, des refuges, des hôpitaux, des églises, des heures d’écoute, etc., peuplent l’univers en vue de donner encore un sens à notre vie en pèlerinage. Le monde n’oubliera jamais l’apport des consacrés en matière de l’éducation des masses et des plus défavorisé ; non plus la douce musique pour la fraîcheur de l’esprit, la paix du cœur. L’art, la finesse, le sublime, la pureté, la perfection est toujours la note distinctive des œuvres des consacrés. En effet, ce qui rend merveilleux les œuvres des consacrés, c’est qu’ils sont fait non pour le plaisir éphémère des hommes mais pour la gloire de Dieu. 

6.      L’humanité.

Les consacrés sont dans le monde sans être du monde. Pour le monde, ils offrent un sourire indéchiffrable, envoûtant, formidable. Ils sont les maîtres du goût, de la saveur du bon : bières, vins, spiritueux, friandises, etc. Pour qui les fréquente, on sent ce plaisir, cet attrait de les revisiter pour un dialogue franc, un amour sincère et désintéressé. Cela ne veut pas dire qu’il n’y ait pas de cas d’incompréhension ou des déceptions. Les consacrés sont véritablement humains : ils sont pécheurs et connaissent des hauts et des bas. Mais, en soi, la vie consacrée veut être cet espace d’humanité idyllique : liberté, concorde, harmonie, équilibre, progrès, différence, foi, pardon, bonheur, sens, esprit, transcendance, vie en plénitude, etc. Dans son humanité, la vie consacrée se révèle pour son intérêt du sort des hommes. Nombre des charismes de la vie consacrée se déclinent par son intérêt à promouvoir la vie des autres : santé, éducation, libération des captifs, droit de l’homme, etc. Bref, l’humanité de la vie consacrée est ce binôme inséparable d’amour de Dieu et de la nature.

7.      L’inexistence.

     Essentiellement, les consacrés existent sans exister. Selon saint Paul, le véritable disciple ne vit pas mais c’est le Christ qui vit en lui (Ga 2, 20). Le consacré aussi, en abandonnant tout pour le Christ, ne vit pas pour lui-même mais vit pour que le Christ soit loué. Fondamentalement, le consacré n’est pas l’original ; il est la copie. Sa vie, ses œuvres n’ont pas d’importance pour lui-même ; tout est pour la manifestation de la présence du Christ, son écho pour le monde d’aujourd’hui. Le consacré, en effet, ne se réjouit pas d’avoir immortalisé son nom (une statue qui serait dressé au milieu de la ville ou une rue qui porterait son nom) mais du fait que le nom du Christ soit connu. Pour cela, le consacré ne meurt pas. Tant que le nom du Christ peut être annoncé, le consacré est toujours vivant ; il existe par son effet sans exister lui-même. 

     Dans l’Eglise, la vie consacrée est l’une des merveilles de Dieu comme l’est le Pape, le Collège des Évêques, la présence réelle du Christ dans l’Eucharistie, la dévotion à la Vierge Marie, etc. De cette merveille de la vie consacrée, nous pouvons entrevoir d’autres merveilles que j’ai voulu en proposer sept principales. Comme je l’ai indiqué au départ, elles sont à notre portée mais restent insaisissables. Leur attraction nous permet d’aimer à jamais la vie consacrée dans sa grandeur et sa misère.

P. Pierre Kaziri, O. de M.

dimanche 4 janvier 2015

LES RELIGIEUX FACE AU CHOMAGE


Ces derniers jours, à l’occasion des fêtes de Noël et du Nouvel An, j’ai reçu abondamment des messages de souhait du bonheur et de prospérité et de toutes sortes de grâces divines. Avec insistance, le concept de prospérité réapparaissait dans presque tous les messages. Cela a suscité ma curiosité pour me demander si la prospérité souhaitée par la plupart de mes amis avait un rapport quelconque avec la magie ou si les conditions économiques qui la sous-entendent allaient changer au cours de cette année 2015. 

Comme religieux, et étant donné que la plupart des messages reçus provenaient des religieux, je me suis posé la question si ce concept de prospérité ne participe pas d’un rêve collectif. Au-delà des émotions entourant les fêtes de fin d’année, j’ai voulu réfléchir sur la prospérité désirée de nos contemporains religieux.

Par mes observations et mon expérience, je me suis rendu compte qu’on ne peut pas parler de prospérité s’il n’y a pas de croissance quantitative de l’avoir. C'est vrai que la prospérité ne se limite pas au matériel; elle aussi spirituelle. Mais je ne doute pas que les souhaits reçus comprenaient une dose importante de la prospérité matérielle. Hormis la question de la pauvreté que les religieux professent, la prospérité existe là où l’acquisition des avoirs affiche des signes positifs. Pour acquérir des avoirs, plusieurs voies, reconnues d’ailleurs par le Code de droit canonique, s’offrent aux religieux : dons, héritages, quêtes, vente des biens, salaire, etc. Etant donné que le mode commun de nos contemporains d’acquérir des avoirs est par le travail, je me suis intéressé particulièrement de cette voie pour atteindre la prospérité et voir comme le collectif des religieux s’en sort avec. 

Depuis des lustres, il règne dans la mémoire collectif une croyance des religieux assidus au travail avec des résultats positifs assurés. La maxime de « ora et labora » (prière et travail) qui caractérisa les moines des grands couvents de l’Antiquité et du Moyen-âge ne semble pas souffrir apparemment d’aucune nuance même de nos jours. Et pourtant, la réalité n’est pas nécessairement correspondante aux imaginations et rêves collectifs. Ainsi, la question du chômage des religieux vaut la peine d’être posée. Existent-ils des religieux en situation de chômage ? En d’autres termes, existent-ils des religieux dont la prospérité n’est pas assurée dans un avenir proche ? Peut-on parler des religieux qui vivent dans la précarité personnellement ou collectivement ?

La réflexion que je compte partager ici, je dois le reconnaître, est encore dans un état embryonnaire. Il faudrait la compléter avec des enquêtes fouillées et circonscrites à une aire géographique précise. Dans l’ensemble, la situation que j’évoque ici concerne quelques pays d’Afrique et en particulier l’Afrique centrale que je connais le mieux. Le phénomène que je décris ne concerne pas toutes les familles religieuses mais un bon nombre peut s’y reconnaître. Et si un religieux en particulier peut ne pas se sentir concerné, au moins il peut reconnaître un ami religieux qui vit ou qui a vécu une situation similaire. J’avoue que dans cette réflexion, j’ai eu l’impression que le thème de chômage des religieux est tabou et qu’en l’abordant, il faut faire beaucoup de réserve. 
Un de ces réserves c’est son ampleur ? Combien de religieux vivent-ils en situation de chômage ? Comme je disais avant, il nous manque encore des statistiques fiable mais le problème ne peut pas être ignoré. 

D’abord, il convient de se rendre compte que le monde des religieux est pluriel. Il y a des prêtres, des frères et des religieuses. Chaque famille religieuse (institut ou congrégation) a un charisme qui opère comme le moteur des activités du groupe ou religieux. La vie d’une congrégation tourne autour de son charisme. Tant que le charisme est vivant, il serait impensable que les membres adhérant à ce charisme chôment. Et cet ici, que les incompréhensions surviennent.

En effet, avec l’implantation d’une congrégation dans un pays donné ou avec la naissance d’une congrégation ses activités sont bien définies et reconnus par l’autorité ecclésiastique (Code de droit canonique actuel, canons 610 et 611). Cette implantation est normalement une affaire d’une équipe de quelques individus. Une fois implantée, le désir de la croissance de la famille ou congrégation entraine l’accueil ou l’adhésion des nouveaux membres. Intentionnellement tout le monde doit participer ou se consacrer aux œuvres charismatiques mais la réalité déborde souvent les prévisions. Il arrive que les membres deviennent très nombres et que le champ couvert par les œuvres charismatiques ne se soit pas étendu en conséquence. Il peut arriver aussi que les besoins qui ont motivés l'implantation d'une congrégation religieuse dans une localité donnée disparaissent. La crise du charisme est un sujet que presque toutes les congrégations surtout les anciens ou qui proviennent d’Europe ont eu à affronter. D'autres facteurs comme la disparition des pionniers du projet ou leur retour au pays natal, le changement d'activité, etc., aggravent souvent la crise. La prospérité désirée ou souhaitée accuse le coup. Certains membres dans de telles situations se retrouvent en chômage technique ou non déclaré.

Pour comprendre cela, prenons deux exemples courants. Un prêtre est sensé dire la messe, prier l’office des heures, et s’il est attaché à une paroisse, confesser, visiter les malades, préparer les fidèles aux sacrements. Une telle activité est sensé couvrir une journée de travail. Mais ce ne sont pas tous les jours où il y a des pénitents, des malades à visiter, des sacrements à préparer. Et si dans cette paroisse, il y a trois ou quatre prêtre, du moment où les religieux doivent former une communauté de trois membres au minimum, un ou deux pénitents ne peuvent pas occuper les trois prêtres. Parlant de la prospérité de ces trois prêtres, ils doivent attendre ce que les fidèles apporteront de leurs offrandes. Leur prospérité est liée à la générosité de leurs fidèles et non du travail qu’ils fournissent. Un autre exemple pourrait s’agir d’une sœur qui vient d’être destinée à sa nouvelle communauté. Elle a professé déjà les vœux perpétuels. Dans sa nouvelle communauté, seule une sœur à un travail rémunéré dans un diocèse. Le reste fait le travail domestique. Le diocèse ne peut pas engager toutes les sœurs car toutes n’ont pas de qualification professionnelle spécifique. La prospérité dans cette communauté dépend du salaire d’une seule sœur qui à peine suffirait pour couvrir ses besoins personnels.

Ces deux exemples fictifs reflètent certaines situations que vivent certaines communautés religieuses d’Afrique. Avec toutes les réserves, on peut essayer de comprendre les raisons qui sont à l’origine de ce problème. A mon avis, on peut relever :

1. Le monde en mutation. A l’époque, les religieux avaient des grandes concessions. Les couvents ressemblaient à une grande entreprise du point de vue de l’organisation et de la production. Aujourd’hui, pas mal de communautés n’ont pas ces vastes terres des anciens couvents. Les moyens de production et l’expertise des anciens font défaut. Des nouvelles communautés vivant en location apparaissent. La technologie (agriculture, artisanat, architecture, etc.) n’est plus du ressort des couvents, mais des universités.

2. La formation non compétitive. Les religieux aujourd’hui, sauf des cas rares (en médecine et dans l’enseignement), ne sont pas compétitifs sur le marché du travail. Il y a quelques années, les religieux étaient massivement présentes dans l'humanitaire. L'irruption des ONGs  spécialisés dans l'humanitaire: projets de développement, urgences, etc., a renvoyé une bonne partie des religieux au couvent par manque de compétence compétitive. Leur formation n’est pas orientée vers le travail. La connaissance de la théologie est une bonne chose pour des besoins internes. Et là aussi, il n’y a pas de cause à effet dans le sens qu’une grande formation théologique doit produire nécessairement un bon religieux. Souvent une prière d’une religieuse ordinaire est plus profonde, si vraiment Dieu s’en tient à nos formulations, que celle d’un théologien académicien. La prospérité relevant des fruits du marché du travail ne semblent pas une question à résoudre dès demain.

3. Le recrutement clientéliste. En Afrique, ne nous le cachons pas, le sentiment tribal est encore très fort. En soi, ce n’est pas mauvais. Il y a une sorte de reconnaissance en cela. Le frère, c’est le frère, celui qui vous a relevé de la boue, celui qui vous a montré la route. On ne grandit pas sur les nuages. Si le frère est en chômage, il vous demandera la moitié de ton salaire. Lancer le frère, comme on dit, c’est un acte de remerciement. Qu’est-ce qu’on observe sur le marché du travail ? Il faudrait parler d’un miracle si, pour deux religieux avec la même compétence qui postulent pour un même poste, un étranger est retenu. Qui est étranger dans ce cas ? Celui qui n’est pas de la tribu, du pays, de la congrégation, etc. Ailleurs, on observe les mêmes comportements (même si le mal ne devient un bien pour être pratiqué par tous). Ce n’est pas de l’injustice. C’est simplement de l’humain. Le religieux qui ne compte pas sur les œuvres de sa congrégation a des beaux jours pour attendre son tour ; car, les postes dans les œuvres des autres congrégations sont réservées. 

4. Les difficultés d’adaptation au monde des affaires. Les religieux, en général, sont bien formés à la franchise, à la transparence, à l’éthique, à la générosité. C’est vrai que le monde des affaires apprécient ces valeurs, mais rechignent d’abandonner encore la ruse, le combat dur, les coups bas, etc. Un religieux dans un monde d’affaires est traité comme un innocent. Cela dispose les enfants de ce monde à s’insérer facilement dans le marché du travail que ne le ferait un religieux.

5. La paresse. Le mythe des religieux travailleurs est un train de céder le pas aux religieux viveurs. L’utilitarisme, la postmodernité et leurs valeurs de consommation à outrance gagne du terrain dans les milieux religieux. Parler du travail assidu, consciencieux est comme devenir l’ennemi de la vie. La conséquence est le service des religieux qui perd de plus en plus de qualité. Le bricolage s’installe. Le rendement étant médiocre, les entrées s’amenuisent. La prospérité collective et individuelle, dans ce cas, est compromise.

De cette réalité, dont l’ampleur nous est impossible de calibrer aujourd’hui, on ressent, pour les communautés comme pour les religieux, des répercussions à considérer à l’heure d’envisager une prospérité durable. Il s’agit :

1. Au niveau des religieux individuellement, de l’anxiété qui touche le religieux en chômage. Il vit sans vivre. Le temps devient interminable et l'insomnie s'installe. Ce religieux n’a pas de sous comme les autres. Il ne s’offre pas les mêmes caprices que les autres. En effet, l’économat central est censé niveler tout le monde à la même règle. Le supérieur a la mission de subvenir aux besoins de chacun (canon 619). Mais certains dirons leurs besoins, d’autres ne le diront pas par pudeur peut-être. Dans certains cas, les inégalités entre frères (et sœurs aussi) posent le problème de la profession de vœu de pauvreté. Certains se débrouillent pour parier à la situation ; d’autres sombrent dans le faux ou l’infidélité. 

2. Au niveau de la communauté religieuse, le problème du chômage des religieux met sur la table la crise du charisme qui ne s’incarne pas dans les œuvres des frères ou sœurs. Parce que là où il y a le charisme vécu pleinement, il ne peut pas y avoir de chômage des religieux. Pour la congrégation dont une partie des membres souffrirait de ce problème, il y aurait l’urgence d’analyser pourquoi accueillir de nouveaux membres avec un lendemain incertain, sans prospérité. 

Les solutions, pour des cas actuels ou prochaines, ne viendront pas d’un seul souhait de Bonne Année. Parfois des solutions structurelles s’imposent selon la nature de la cause à l’origine de la situation. La formation spécialisée me paraît une garantie pour se prémunir du chômage des religieux. Aussi, les religieux doivent se rendre compte des changements intervenus dans le monde et s’adapter. En parlant des religieux en situation de chômage, on doit penser aussi à ceux-là qui sont en retraite anticipée, c’est-à-dire des religieux qui travaillent en dessous de leur capacité. 

Comme au début de cette réflexion, je termine en évoquant les souhaits de bonheur et de prospérité pour tous les religieux pas comme un rêve mais comme une réalité programmable communautairement et individuellement. Bonnee Année 2015.

Kaziri Pierre.

samedi 19 juillet 2014

UN NOUVEAU LIVRE QUI PEUT VOUS INTÉRESSER... SUR LES FUNÉRAILLES CHRÉTIENNES EN AFRIQUE

Un nouveau livre sur les funérailles en Afrique vient de paraître aux éditions Karthala à Paris. Son itinéraire se résume en trois phase: 1) le souhait de l'évêque du diocèse d'Obala au Cameroun, Mgr Sosten Bayemi, de compter sur les théologiens de la place pour éclairer les pasteurs sur la pastorale complexe des funérailles compte tenu de l'importance des traditions funéraires au Cameroun; 2) la recherche entreprise par l'Ecole Théologique Saint Cyprien de Ngoya (Yaoundé-Cameroun) dans le cadre de la Chaire Saint Cyprien de Ngoya; 3) la synérgie des chercheurs d'Afrique que les éditions Karthala en est le relai. Ma contribution dans cette ouvrage se penche sur les normes ecclésiastiques sur les funérailles avec un régard sur la question dans nos Eglises particulières.
Voici le lien pour l'éditeur de cet ouvrage: http://www.karthala.com/chretiens-en-liberte/2827-les-funerailles-chretiennes-en-afrique-etudes-pluridisciplinaires-sur-la-mort-dans-les-societes-africaines-contemporaines-9782811111908.html


Description complète
Le titre de l’ouvrage énonce clairement le sens de ces quinze contributions réunies par Elvis Elengabeka, originaire du Congo-Brazzaville, qui a travaillé au Cameroun, voyagé dans de nombreux pays d’Afrique et s’intéresse depuis longtemps à la théologie africaine.
De même que le christianisme s’est confronté jadis aux cultures juives, grecques, romaines, arabes..., il rencontre aujourd’hui les cultures d’Afrique noire tout comme les cultures asiatiques. Et s’il a fallu des siècles pour que ces confrontations aboutissent à un discours théologique structuré, en Afrique nous en sommes encore aux premières décennies d’élaboration de théologies pour faire entrer la foi dans les cultures.
Cet effort s’étend aussi à la manière de vivre la mort dans les sociétés africaines contemporaines. En explorant cette trajectoire éditoriale et épistémologique, on aboutit au questionnement de la rencontre entre la souffrance africaine et le mystère pascal aujourd’hui.
Dans cette perspective, ce livre fournit la matière d’une réflexion profonde sur la manière dont s’allient les conceptions de la mort et les comportements pendant les funérailles en Afrique d’une part, et la foi chrétienne d’autre part. Il ne s’agit pas d’un parallélisme, – les cultures africaines disent ceci, le dogme catholique dit cela –, mais d’une véritable confrontation entre les deux. Cette dernière permettra, au terme, de découvrir ce qui est intéressant dans la culture africaine pour rendre la foi chrétienne plus facile à comprendre, à vivre et à exprimer. Elle offrira aussi aux traditions africaines l’occasion de se départir de certaines pratiques déshumanisantes.